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3.7.06

Visite guidée dans l'un des marchés de voitures d'occasion les plus cotés au Maroc

C'est le marché de Sbata depuis l'entrée en vigueur des nouvelles mesures douanières· Le prix des voitures est arrêté à l'avance dans trois cafés sur le boulevard Sakiat El Hamra.«Pour une bonne affaire, rendez-vous au marché Talian(marché d'occasion voiture)». Cela aurait pu être le slogan d'une campagne de publicité pour le marché officieux des voitures d'occasion de Casablanca.Publicité ou pas, les affaires tournent très bien. Les intermédiaires présents sur place font confiance au bouche-à-oreille. Après plusieurs années d'existence, le marché d'occasion voiture s'est fait une notoriété. Et à aujourd'hui, en dépit de la conjoncture morose, le système demeure efficace. A l'origine, ce marché situé au quartier Sbata sur le boulevard Sakia El Hamra et dont la naissance remonte aux années 80, doit sa création au chômage qui sévit alentour. L'oisiveté a fait des enfants de Sbata des débrouillards qui essayent de survivre tant bien que mal. Le quartier est un grand producteur d'émigrés. Le retour de ses enfants avec des voitures importées a consacré la vocation de Sbata en tant que marché de l'occasion voiture. Au fil du temps, la renommée du souk a dépassé la capitale économique. Le marché avait toutefois souffert de la concurrence de ceux de Khouribga et Settat au début des années 90. Les deux villes étaient les principaux fournisseurs du marché des voitures importées.Le nom «Talian» quant à lui fait référence à l'Italie. Il remonte, raconte Bachir, un intermédiaire, à plusieurs années, lorsque les voitures importées d'Italie faisaient légende et que le parc automobile national en fut envahi. «A l'époque, tout le monde en tirait profit. Les Marocains résidents à l'étranger en faisaient un commerce assez lucratif. Les nationaux pouvaient facilement accéder à une automobile et nous en tirions notre revenu. Depuis que les nouvelles mesures douanières(1) sont entrées en vigueur, les importations ont chuté de façon spectaculaire», ajoute-t-il. Le chiffre d'affaires des intermédiaires a aussi pâti de la crise. Mais comme tout secteur économique, le marché a su s'adapter.Après la hausse des droits de douane, l'ensemble des intermédiaires s'était rabattu sur les voitures nationales à la grande joie de Somaca et des concessionnaires. Les opérations portant sur des voitures importées étaient alors devenues assez rares.Le marché est ouvert toute la semaine. Les intermédiaires refusent les jours de congé. «Vendre une voiture est souvent une question de chance. On ne sait pas quand celle-ci sera de notre côté». Reste que la grande concentration est enregistrée le week-end, une grande partie des acquéreurs ne pouvant se libérer qu'en fin de semaine.Le boulevard Sakia El Hamra ainsi que les ruelles à côté sont alors envahis par une masse de voitures. Des Japonaises, des Françaises, des Allemandes, première main, en bon état, anciennes séries, dernier cri... Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses: de la Fiat Uno à la Mercedes classe M en passant par les différentes marques de 4X4.Dès qu'une voiture stationne, les curieux s'en approchent. Le conducteur est automatiquement démarché, même s'il est sur les lieux pour une autre raison: "Combien en demandez-vous?" L'acte d'achat ou de vente n'est conclu qu'après plusieurs rounds de négociations. L'ardeur de celles-ci dépendra alors des qualités de démarchage de chacune des deux parties. L'accord final est conclu dans l'un des trois cafés du boulevard autour d'un verre de thé. Les trois cafés constituent également une sorte de bourse où se déterminent les fourchettes des voitures. Kamal «boursicoteur» explique que les prix sont souvent fonction de l'âge de la voiture, de sa marque, du nombre de kilomètres parcourus, la nature de la motorisation et de son origine (bled ou importée). Un autre élément auquel une grande importance est accordée est la prépondérance de la marque sur le parc national. Plus celle-ci est grande, plus la voiture est cotée et en même temps facile à écouler. L'explication est simple: en cas de panne, les pièces de rechange ne sont pas difficiles à trouver.Pour acheter sa voiture au marché Talian, il est fortement déconseillé d'y aller seul, particulièrement pour les néophytes. L'arnaque est de mise. Rien ne vaut la compagnie d'un mécanicien dont les honoraires ne dépasseront pas 300 DH mais dont le service permettra d'éviter de «se faire avoir». Tous munis de téléphone portable, parfois de deux, les courtiers se transforment en vrais marqueteurs. Tous les moyens sont bons pour convaincre les clients potentiels. Les arguments affluent. L'occasion voiture, selon eux, devient la véritable occasion à ne pas rater, qu'ils auraient aimé acheter eux-mêmes.Khaloui, un autre intermédiaire, la quarantaine, affirme que «plusieurs acheteurs se sont fait arnaquer par manque d'expérience». Khaloui, dont les études se sont arrêtées au Bac s'est adonné à ce métier depuis une vingtaine d'années. Contrairement à d'autres intermédiaires, il n'éprouve aucune gêne à parler de son chiffre d'affaires mensuel. Bon an, mal an, son salaire varie entre 7.000 et 25.000 DH. Et qui de surcroît est exempt de tout impôt. La commission du courtier peut atteindre les 6.000 DH selon le modèle du véhicule. Mais pour les ventes standard, Il perçoit une double commission (celle du revendeur et celle de l'acheteur) qui varie entre 1.000 et 2.000 DH.Aniss MAGHRI(1) Il s'agit des abattements douaniers appliqués en fonction de l'âge du véhicule "occasion voiture".